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Réseaux humides

Risques et impacts environnementaux liés à l’utilisation des enrobés bitumeux

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A RETENIR
  • De par ses propriétés imperméables, malléables et adhésives, le bitume est aujourd’hui utilisé comme liant dans les enrobés bitumeux. De manière générale, tous les revêtements à base de dérivés d’hydrocarbures présentent les mêmes risques et impacts.
  • En France, plus d’un million de kilomètres de routes sont entretenus ou construits chaque année, ce qui représente 30 millions de tonnes d’enrobés bitumineux répandus et environ 200 000 tonnes d’asphalte. La fabrication, le transport et la pose des enrobés ont des répercussions sur l’environnement et nécessitent d’importantes quantités d’eau.

Composition

Le bitume est un mélange d’hydrocarbures issu de la distillation du pétrole. Les enrobés utilisés pour le revêtement des routes contiennent : 

  • des granulés (graviers) ;
  • des fines (poussières qui serviront à l’agrégation du liant) ;
  • un liant (le bitume).

Des additifs permettent de modifier les caractéristiques des enrobés : viscosité, résistance aux contraintes mécaniques, propriétés acoustiques. Ils sont fabriqués dans une centrale à froid ou à chaud, généralement fixe et éloignée du chantier, ou mobile dans le cas des très gros chantiers (autoroutes). Le secteur de la construction utilise de plus en plus les enrobés tièdes, contenant un faible pourcentage d’additifs (moins de 1 %) ou un faible pourcentage d’eau et de tensioactifs.

Consommation en eau

Pour la mise en œuvre des enrobés autoroutiers, les consommations sont de l’ordre de 30 m3/j. Les principaux postes de consommation identifiés concernent : 

  • l’application de lait de chaux : 4 m3/j sur autoroute, 0,5 m3/j sur route ;
  • le balayage : 0,7 à 2 m3/h soit jusqu’à 12 m3/j ;
  • le rabotage : 2 m3/h soit jusqu’à 12 m3/j ;
  • le nettoyage des engins et du matériel. 

L’alimentation en eau des chantiers pour le remplissage des engins est effectuée à une borne de puisage après autorisation par les concessionnaires ou grâce à un stockage intermédiaire.

L’utilisation d’eau de pluie en alternative à l’eau potable nécessite de disposer de capacités de stockage suffisantes pour les périodes de forte activité et soulève des inquiétudes sur l’altération possible des enrobés. Les matières en suspension (MES) présentes dans l’eau de pluie peuvent également perturber le fonctionnement des engins.

Infographie : usages / consommation / rejet à partir de ce tableau : 

Chantiers routiers : ratios de consommation par type d’usage (Source : Fondation Férec)

Impacts sur les ressources en eau et les milieux aquatiques

Les impacts des chantiers routiers sur les cours d’eau et les milieux aquatiques sont multiples : destruction d’écosystèmes, création de surfaces imperméabilisées, pollution diffuse aux hydrocarbures et risques de pollutions accidentelles. Les enrobés routiers sont utilisés à des températures élevées conduisant à l’émission de fumées susceptibles de présenter un risque pour la santé des travailleurs et l’environnement. 

Le principal impact des enrobés neufs est lié au lessivage des hydrocarbures et des additifs lors des premières pluies. Ensuite, les enrobés se comportent comme des surfaces imperméabilisées inertes dont les eaux de ruissellement sont plus ou moins polluées, en fonction de la densité du trafic routier.

Impact des chantiers routiers

Le matériel de pose des enrobés (épandeuse, finisseur) est nettoyé à l’aide de solvants à base d’hydrocarbures. Quant aux buses d’aspersion, elles sont lavées avec de l’huile. Les eaux souillées contiennent des hydrocarbures et des matières en suspension (graviers, fines). 

Les rejets en MES des centrales à enrobés sont soumises aux seuils suivants : 

  • Rejet dans le réseau d’assainissement : 600 mg/L.
  • Rejet dans le milieu naturel : 
    • 100 mg/L si le flux journalier est inférieur à 15 kg/j, 
    • 35 mg/L si le flux journalier est supérieur à 15 kg/j. 

Les bonnes pratiques permettant de limiter les risques de pollution sont les suivantes : 

  • Organiser la récupération des fonds de camion et des déchets d’enrobés vers la centrale pour recyclage.
  • Purger la rampe ou la lance d’épandage sur la partie du chantier devant recevoir l’émulsion.
  • Disposer de sable fin à proximité pour assurer la rupture de l’émulsion en cas de fuite.
  • Stocker l’ensemble des produits dangereux dans des bacs étanches.
  • Localiser et isoler le réseau d’assainissement en cas de fuite d’émulsion.
  • Ne pas réaliser de travaux routiers par forte pluie.

Le développement du recyclage

Les résidus des opérations de rabotage ainsi que les déchets d’enrobés lors de leur mise en œuvre sont de plus en plus réintroduits dans le cycle de production. Le taux moyen de réintroduction d’agrégats d’enrobés issus du recyclage dans les enrobés bitumineux (hors enrobés à l’émulsion) est de 20 %. Ces opérations de recyclage permettent de réduire les pressions sur les matières premières minérales, notamment l’extraction des alluvions. De nouveaux types d’enrobés utilisant des liants d’origine végétale renouvelable et limitant ainsi les impacts environnementaux sont disponibles sur le marché.

Conclusion

La consommation d’eau est particulièrement élevée sur les chantiers routiers et les risques de dégrader les ressources et les milieux aquatiques importants. Le recyclage des résidus d’enrobés a considérablement progressé avec la mise en place de techniques et filières adaptées.

L’application d’enrobés à froid offre une opportunité de réduction intéressante des quantités d’eau potable consommée. La possibilité d’utiliser de l’eau de pluie demande aujourd’hui des études complémentaires pour évaluer le ratio bénéfices-risques et les contraintes pour l’organisation des chantiers.

Ont contribué à l’article :
Géraud Bournet Yannis Hagel
recommandé par tpdemain
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