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Au cœur de la ville de demain

A quoi ressembleront les villes de demain ? Depuis quelques années, on assiste à une évolution des espaces urbains du fait notamment des contraintes liées au réchauffement climatique et des opportunités qu’offrent les nouvelles technologies. Voyage au cœur de ces métropoles du futur intelligentes et non-polluantes et de leurs infrastructures innovantes.

Au début du XIXe siècle, 2% de la population mondiale vivait en milieu urbain. A l’horizon 2050, six milliards de personnes habiteront en zones urbaines, soit presque 70% de la population mondiale. Les “mégapoles” du monde, soit les villes qui dépassent 10 millions d’habitants, emmenées par Tokyo, New Delhi, Shanghai, Mexico City, Bombay et São Paulo, continueront de croître puisqu’il y en aura plus de 40 en 2030, contre 28 en 2016. En France, ce sont déjà plus de 80% des habitants qui résident en ville, et les aires urbaines poursuivent aujourd’hui leur développement.

Cette tendance lourde de concentration des populations dans des agglomérations urbaines conduit à repenser le modèle de la ville tel qu’il se construit depuis les années 1950. Les métropoles gagnent du terrain, et bâtir une ville du futur moins polluante et plus intelligente est devenu l’un grand défi du XXIe siècle. Une évolution nécessaire soutenue par deux tendances de fond : le réchauffement climatique et le développement de technologies qui permettent notamment de rendre nos villes plus efficientes.

 

La ville du XXIe siècle sera verte ou ne sera pas

Les chiffres parlent d’eux-mêmes : si l’on veut lutter contre le réchauffement climatique, c’est par les métropoles que cela doit passer. Et cela tombe bien, puisque la concentration exponentielle d’individus dans les villes amène aujourd’hui urbanistes et architectes à repenser leurs infrastructures, nos habitats, les mobilités, la gestion des déchets… tout ceci pour préserver les ressources, réduire la consommation énergétique et respecter l’environnement. De leur côté, des élus du monde entier font de la réduction de l’empreinte carbone de leur ville une priorité.

Les villes et les zones urbaines occupent seulement 2% de la surface terrestre. Mais elles produisent 80% des émissions de gaz à effet de serre.

De grandes villes ont déjà défini des objectifs clairs. Copenhague entend devenir la première ville neutre en carbone à horizon 2025. Oslo veut, elle, réduire de 95% ses émissions de CO2 d’ici 2030. En France, Paris veut réduire de 50% les émissions de gaz à effet de serre et de 35% les consommations énergétiques à horizon 2030.

Pour parvenir à ces objectifs ambitieux, les villes ont plusieurs outils à leur disposition. La réduction de la place de la voiture en est un, et a déjà enclenché la première dans plusieurs grandes métropoles. Réduire la circulation routière répond en effet à deux impératifs. Celui de la santé publique tout d’abord : à Paris, 6 000 décès par an sont imputables à la pollution de l’air. Ensuite, et c’est un chiffre peu mis en avant, le coût annuel de la pollution de l’air en France est estimé à 101,3 milliards d’euros, selon un rapport du Sénat publié en 2015. Fortes de ces deux arguments, plusieurs métropoles européennes réservent certaines parties de leurs rues aux “mobilités douces” (piétons, vélos, mais aussi véhicules électriques). Montpellier dispose par exemple de la deuxième plus grande zone piétonne d’Europe, Oslo compte bien devenir la première capitale sans voitures, tandis que Paris, Barcelone ou encore Londres diminuent régulièrement la place accordée à ce mode de transport dans leurs rues. Pour mener ces projets à bien, c’est vers les entreprises des travaux publics que les municipalités se tournent : construire de nouvelles pistes cyclables, intégrer les mobilités électriques aux infrastructures routières, ériger de nouveaux parkings relais aux portes des villes : les défis sont nombreux pour continuer à se déplacer en ville avec un bilan carbone réduit. 

Les collectivités disposent déjà de moyens pour parvenir à cet objectif. Les plateformes multimodales, qui permettent de faciliter le passage de voyageurs d’un mode de transport à un autre, constituent un outil important pour développer les transports bas carbone. Aux côtés de l’existant, comme les transports collectifs en site propre ou les bus à haut niveau de service, on trouve également des innovations qui permettent de construire la route de demain. Le concept Power Road semble par exemple promis à un bel avenir. Lancé par Eurovia fin 2017, il utilise le revêtement de la chaussée comme capteur solaire thermique, ce qui permet de de restituer la chaleur emmagasinée aux infrastructures environnantes. Les Yvelines, le Doubs, l’Hérault, le Calvados, la Loire et la Corrèze expérimentent déjà cette route du futur.

Autre point important dans l’évolution des villes vers une prise en compte plus importante des enjeux écologiques : la végétalisation de nos rues et quartiers. Pour lutter notamment contre les épisodes de canicule amenés à se répéter du fait du réchauffement climatique, et leur impact dans des villes qui abritent de nombreux îlots de chaleur, les métropoles réagissent : la maire de Paris, Anne Hidalgo, a annoncé la piétonnisation et la végétalisation de 54 hectares autour de la Tour Eiffel d’ici 2024. À Milan, en Italie, des forêts verticales ont vu le jour : l’équivalent de deux hectares de forêt poussent en pépinière, en pleine ville, sur deux tours. Végétalisation des façades, toitures végétalisées et autres travaux de terrassements des aménagements paysagers… Autant d’enjeux auxquels sont déjà confrontés les entreprises de travaux publics en France. Mais si planter des arbres ou végétaliser des murs est une solution autour de laquelle beaucoup de municipalités communiquent, elle ne suffit pas. Le projet Cool&Low Noise Asphalt a déjà déployé à Paris des revêtements anti-bruit et anti-chaleur afin de les tester. Ils ont pour objectif d’atténuer le bruit de la circulation automobile et de rafraîchir l’air en piégeant l’eau avant son évaporation. Toute la chaîne de la construction doit donc prendre en compte son impact potentiel sur l’environnement. Et heureusement, c’est déjà le cas.

 

Des infrastructures pour rendre nos villes intelligentes

 

Pour remplir la mission d’adapter nos villes aux défis à venir, la technologie a évidemment un rôle majeur à jouer. Né à la fin des années 1990, le concept de smart city, ou ville intelligente, désigne les métropoles qui mettent les technologies au cœur de leur stratégie pour améliorer la qualité des services urbains ou réduire leurs coûts, tant budgétaires que environnementaux. 

Une ville dite “intelligente” utilise les dernières avancées technologiques et les masses de données qu’elle collecte quotidiennement au service du bien commun, de la préservation des ressources et du respect de l’environnement. La tendance est ancienne, notamment en Asie, où des mégalopoles comme Hong-Kong ou Taipei font figure de pionnières en la matière. A Singapour, des arbres artificiels hauts de 18 à 50 mètres sont équipés de modérateurs de température. Ils éclairent grâce à l’énergie solaire récoltée par des cellules photovoltaïques, collectent l’eau de pluie pour irriguer les plantations et alimenter les fontaines et, la nuit, s’illuminent pour offrir un spectacle quotidien aux habitants. 

 

Les arbres artificiels de Singapour / CC Derrick Brutel sur Flickr

 

Et quand on sait qu’un éclairage public performant permet des économies de 40 à 60 % sur la facture d’électricité d’une commune et sur les émissions de CO2, on mesure l’importance pour les villes de demain de bien utiliser technologies et données. Ici encore, les entreprises de travaux publics sont à la pointe de ces enjeux, et développent leur capacité à utiliser les données numériques à des fins prédictives et préventives. En anticipant les pannes, la maintenance prédictive, fondée sur l’analyse des données d’utilisation, permet de diminuer les coûts d’entretien et de réparation pour la collectivité. Dans la même optique, la ville de Paris a lancé un projet de cartographie de son réseau d’assainissement en 3D. L’objectif ? Mieux préparer les chantiers, et mieux répondre aux déclarations de travaux.

En France, nos villes deviennent donc déjà plus intelligentes : lampadaires économes en énergie, parkings connectés et autres réseaux électriques intelligents se déploient partout dans l’Hexagone. La métropole de Dijon a par exemple lancé en 2019 son projet de ville intelligente. L’ensemble des équipements publics des 23 communes de Dijon Métropole sont désormais reliés à un système de gestion centralisé. Et ce grand projet de transformation du territoire est rendu possible par l’investissement de la métropole dans la modernisation de ses infrastructures : plus de 240 kilomètres de fibre optique déployés, 34 000 points lumineux munis d’éclairage LED, 113 carrefours et 180 bus équipés d’un système de circulation prioritaire, 269 caméras de vidéoprotection renouvelées… À Nice, l’innovation se niche jusque dans les poubelles : des bacs de tri sélectif connectés ont ainsi fait leur apparition dans les rues. 

Par ailleurs, l’exploitation des bases de données permet aux municipalités de mieux connecter les différents réseaux dont elles ont la charge, et d’activer des leviers économiques ou environnementaux. Gestionnaires d’infrastructures publiques connectées, régies de transports, distributeurs de réseaux : l’ensemble de ces acteurs ont un rôle à jouer dans l’agrégation et l’analyse de données pour parvenir à une meilleure efficacité environnementale. Grâce à l’Internet des objets bientôt porté par le déploiement de la 5G, la ville intelligente pourra prendre un nouvel essor, afin notamment de faire du numérique un élément central de la décarbonation de nos territoires. Quant à l’intelligence artificielle, elle va à l’avenir épauler les décideurs pour recenser les lieux pouvant accueillir panneaux photovoltaïques ou fermes urbaines. La technologie peut donc se mettre au service de la ville de bien des manières, et nos collectivités l’utilisent déjà pour remplir des objectifs différents : lutte contre la pollution, développement de la biodiversité, gestion des déchets ou encore isolation thermique des bâtiments.

Le futur de la ville sera donc connecté. Mais pour qu’il soit radieux, les collectivités vont devoir créer un environnement de confiance avec leurs administrés afin de favoriser la collecte et la circulation de données. L’effort est aujourd’hui planétaire, et d’ores et déjà engagé. Reste à savoir si cette symbiose entre technologie et environnement pourra bénéficier à chacune et chacun : en 2070, l’espérance de vie dans l’Union européenne grimpera à 88,2 ans.

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