Les routes électriques alimentent les véhicules en roulant. Cet article explique les trois technologies ERS, leur intérêt pour les poids lourds, l’expérimentation sur l’A10 et les conditions à examiner avant leur déploiement.
Les routes électriques fournissent de l’énergie aux véhicules pendant leur déplacement. Ce principe, appelé ERS pour Electric Road System, intéresse notamment le transport de marchandises : il pourrait réduire la quantité de batteries embarquées dans les poids lourds. Comment fonctionne-t-il et quelles adaptations de l’infrastructure nécessite-t-il ?
Pourquoi alimenter les poids lourds en roulant ?
Sur de longues distances, stocker toute l’énergie nécessaire à bord impose des batteries dont la masse et le coût comptent dans l’exploitation du véhicule. Routes de France présente l’ERS comme une piste pour limiter ce stockage, parmi plusieurs solutions de décarbonation du transport routier.
L’électricité transmise en roulant sert à la propulsion et, lorsque la puissance disponible le permet, à la recharge. La batterie reste nécessaire pour parcourir les sections non équipées, notamment en dehors des grands axes. La route électrique complète donc l’autonomie embarquée.
Routes électriques : trois technologies à distinguer
Le point commun est l’association d’une infrastructure électrique et d’un véhicule équipé pour recevoir l’énergie. Le mode de transfert varie.

| Technologie | Principe de transfert |
|---|---|
| Induction | Des bobines dans la chaussée transmettent l’énergie à un récepteur sous le véhicule, sans contact direct. |
| Conduction par rail | Un patin rétractable sous le véhicule entre en contact avec un rail conducteur au sol. |
| Caténaires | Un double pantographe capte le courant sur deux lignes aériennes, qui assurent l’alimentation et le retour du courant. |
Un exemple d’expérimentation sur l’A10
Le 22 octobre 2025, VINCI Autoroutes a annoncé des essais de recharge par induction sur 1,5 km de l’A10, à Angervilliers, en Essonne. Le projet « Charge as you drive » utilise des bobines installées sous la chaussée. Quatre prototypes équipés de récepteurs — un poids lourd, un bus, une voiture et un utilitaire — participent aux essais en circulation réelle.
Ce démonstrateur permet d’observer le transfert d’énergie en usage routier. Il ne signifie pas que l’ensemble de l’autoroute recharge les véhicules, ni qu’un véhicule électrique sans équipement adapté peut en bénéficier.
Quels points vérifier avant un déploiement ?
Pour les métiers des Travaux Publics, l’ERS associe chaussée, alimentation électrique et maintenance. Les travaux et l’exploitation doivent être pensés ensemble :
- Intégration dans l’infrastructure : prévoir les équipements, leur raccordement et leur compatibilité avec les interventions sur la chaussée.
- Durabilité et entretien : évaluer la tenue sous trafic et l’accès aux composants à réparer ou à remplacer.
- Sécurité et compatibilité : vérifier le fonctionnement du système et les équipements nécessaires à bord des véhicules.
- Conditions économiques : apprécier les investissements, l’entretien et le niveau d’utilisation attendu.
Le bénéfice climatique dépend aussi de la production d’électricité et du bilan sur le cycle de vie. Une alimentation électrique en roulant ne suffit donc pas, à elle seule, à garantir un transport sans impact environnemental.
Un contexte européen qui évolue
Les règles européennes adoptées en 2024 ont relevé l’objectif de réduction des émissions de CO₂ des véhicules lourds neufs concernés à 45 % à l’horizon 2030, puis 65 % en 2035 et 90 % en 2040. Le Conseil de l’Union européenne précise que la flexibilité introduite en mars 2026 pour les constructeurs ne modifie pas ces objectifs de long terme. Ces objectifs portent sur les émissions des véhicules ; ils ne constituent pas une obligation d’équiper les routes en ERS.
Sources pour approfondir
- Routes de France : l’autoroute électrique et le transport de marchandises, 18 février 2025.
- Cerema et Université Gustave Eiffel : la décarbonation des transports par la route électrique, septembre 2021.
- Les ERS : solutions technologiques et conditions de déploiement, RGRA, mars-avril 2022, document accessible auprès du Cerema.
- VINCI Autoroutes : l’expérimentation « Charge as you drive » sur l’A10, 22 octobre 2025.
- Conseil de l’Union européenne : les objectifs de réduction des émissions du transport routier.
Texte adapté à partir de Routes de France, avec compléments techniques du Cerema et de l’Université Gustave Eiffel, exemple de VINCI Autoroutes et contexte européen du Conseil de l’Union européenne. Illustration originale tpdemain réalisée avec assistance IA. Références détaillées dans l’article.