La Communication Non Violente peut aider le formateur à intervenir avec plus de clarté dans une situation tendue. En formation Travaux Publics, elle ne sert pas à éviter le cadre, mais à dire les choses de manière plus précise, sans attaquer la personne. Avant de recadrer sous l’effet de l’agacement, il faut donc apprendre à observer, exprimer, clarifier et demander.
Qu’est-ce que la Communication Non Violente (CNV), et comment l’appliquer en formation TP ?
La Communication Non Violente ou CNV peut aider le formateur à intervenir avec plus de clarté dans une situation tendue. En formation Travaux Publics, elle ne sert pas à éviter le cadre ni à édulcorer un recadrage. Elle aide plutôt à dire les choses de manière plus précise, sans attaquer la personne. Dans un groupe, cette approche permet souvent de mieux exprimer ce qui pose problème, de clarifier le besoin en jeu et de formuler une demande concrète.
La CNV donne au formateur une structure simple pour parler d’une situation difficile sans aggraver la tension : observer, dire son ressenti, clarifier le besoin et formuler une demande précise.
Qu’est-ce que la Communication Non Violente ?
La Communication Non Violente, développée par Marshall Rosenberg, est une manière de communiquer qui cherche à sortir des reproches, des jugements et des interprétations trop rapides. Elle ne consiste pas à être plus « gentil » dans la forme. Elle consiste surtout à être plus clair sur ce qui se passe, sur ce que l’on ressent, sur ce dont on a besoin et sur ce que l’on demande.
En formation, cette approche est utile parce qu’un conflit naît souvent d’un mot mal choisi, d’un ton mal perçu ou d’une réaction trop rapide. La CNV permet alors de garder un cadre ferme, tout en évitant de transformer un recadrage en affrontement personnel.

Que signifie le modèle OSBD de la CNV ?
Le modèle OSBD repose sur quatre étapes simples. Elles peuvent être utilisées dans cet ordre, surtout quand le formateur sent que la tension monte.
- O comme Observation : décrire ce qui est observable, sans jugement ni interprétation.
- S comme Sentiment : dire ce que l’on ressent face à la situation, de manière centrée sur soi.
- B comme Besoin : exprimer le besoin qui n’est pas satisfait derrière ce ressenti.
- D comme Demande : formuler une demande concrète, précise et réalisable.
Cette structure aide le formateur à ne pas tout mélanger. Elle évite de passer directement du comportement observé à une attaque sur la personne. De plus, elle rend le message plus compréhensible pour l’apprenant.
Comment appliquer l’Observation en formation TP ?
L’observation correspond à ce qu’une caméra pourrait voir ou entendre. Elle doit rester factuelle. Autrement dit, elle ne doit pas contenir d’évaluation cachée.
Par exemple, dire « tu parles depuis cinq minutes pendant l’explication » est une observation. En revanche, dire « tu n’as aucun respect pour la séance » n’est plus une observation. C’est déjà un jugement.
En formation Travaux Publics, cette étape est précieuse. Lorsqu’un apprenant conteste une consigne de sécurité, jette un outil, coupe une explication ou décroche en atelier, commencer par l’observable permet de poser un cadre sans enflammer la relation.
Comment exprimer le Sentiment sans accuser ?
Le sentiment permet au formateur de dire l’effet de la situation sur lui, sans attribuer une intention à l’autre. Cette étape ne sert pas à se plaindre. Elle sert à rendre le message humain et compréhensible.
Des formulations comme « cela me perturbe », « je suis inquiet » ou « je suis gêné » sont plus utiles que des phrases accusatoires. Elles montrent ce qui se passe pour le formateur, sans réduire l’apprenant à son comportement du moment.
En effet, dans une tension, un ressenti exprimé clairement est souvent mieux reçu qu’un reproche. Il ouvre davantage la possibilité d’une régulation.
À quoi sert l’étape du Besoin ?
Le besoin permet de clarifier ce qui est important pour le formateur dans la situation. Il peut s’agir, par exemple, d’un besoin de sécurité, d’écoute, de respect du cadre, de concentration du groupe ou de bon déroulement de l’activité.
Cette étape est utile, car elle évite de rester bloqué sur le seul comportement. Le formateur ne dit plus seulement ce qui l’agace. Il explicite aussi ce qui est en jeu dans la séance. En TP, cela peut être le besoin que l’atelier reste un espace sécurisé, que tout le monde puisse suivre une démonstration ou que les consignes soient entendues avant une manipulation.
Comment formuler une Demande claire et réaliste ?
La demande est la dernière étape du modèle OSBD. Elle doit être concrète, positive et réalisable. Il ne s’agit pas de demander à l’apprenant d’« être respectueux » ou de « mieux se comporter ». Il faut dire précisément ce qui est attendu ici et maintenant.
Par exemple, le formateur peut demander : « Est-ce que tu peux attendre la fin de mon explication ? » ou « On sort deux minutes et tu m’expliques ce qui s’est passé ? » Ce type de demande donne une direction claire. Il facilite aussi le retour au cadre.

Exemple de CNV en salle : Mehdi parle pendant l’explication
Imaginons une séquence en salle. Le formateur explique une notion technique et Mehdi parle avec un voisin pendant plusieurs minutes. Au lieu de réagir par un reproche immédiat, il peut utiliser la CNV de cette manière :
- Observation : « Mehdi, depuis cinq minutes, j’entends des conversations. »
- Sentiment : « Ça me perturbe. »
- Besoin : « J’ai besoin que tout le monde puisse suivre. »
- Demande : « Est-ce que tu peux attendre la fin de mon explication ? »
Cette formulation reste ferme. Toutefois, elle évite l’humiliation. Elle rappelle le cadre sans attaquer Mehdi sur sa personnalité. En outre, elle recentre l’échange sur l’objectif de la séance.
Exemple de CNV en TP : Rayan balance un outil
Prenons maintenant une situation d’atelier. Après une difficulté, Rayan balance un outil ou le pose violemment au sol. Là encore, le formateur peut s’appuyer sur le modèle OSBD :
- Observation : « Tu viens de poser l’outil brusquement sur le sol. »
- Sentiment : « Je suis inquiet. »
- Besoin : « J’ai besoin que l’atelier reste un espace sécurisé. »
- Demande : « On sort deux minutes et tu me dis ce qui s’est passé ? »
Ici, la CNV ne remplace pas la vigilance sur la sécurité. En revanche, elle évite d’ajouter de la colère à la colère. Le formateur garde sa place, protège le cadre et ouvre un espace de parole suffisant pour comprendre ce qui a déclenché le geste.
Pourquoi la CNV est-elle utile en formation Travaux Publics ?
En formation TP, les situations de tension surgissent souvent dans des moments concrets : consigne non respectée, matériel mal utilisé, sécurité contestée, fatigue du groupe, frustration après un échec ou sentiment d’injustice. Dans ce contexte, la CNV aide à garder un langage plus net et plus professionnel.
Elle permet aussi de ne pas confondre fermeté et agressivité. Le formateur peut dire clairement ce qui ne va pas, rappeler ce qui est attendu et demander un changement précis. Ainsi, il tient le cadre tout en préservant la relation pédagogique.
Quels sont les pièges à éviter avec la CNV ?
La fausse écoute
Premier piège : reformuler sans vraiment entendre. Le formateur reprend les mots de l’apprenant, mais sans chercher à comprendre ce qu’ils recouvrent réellement. Dans ce cas, l’écoute sonne faux. L’apprenant le sent rapidement, et la tension ne baisse pas.
La minimisation bienveillante
Deuxième piège : vouloir rassurer trop vite avec des phrases comme « ce n’est pas grave » ou « c’est normal de rater ». L’intention est positive, mais l’effet peut être inverse. Ce type de réponse invalide parfois l’émotion ou la difficulté vécue par l’apprenant.
La solution trop rapide
Troisième piège : proposer une solution avant d’avoir compris le besoin. Le formateur veut aller vite, régler le problème et relancer l’activité. Pourtant, si le besoin réel n’est pas identifié, la solution risque d’être mal ajustée. L’apprenant peut alors se sentir incompris, ou recommencer peu après.
Comment utiliser la CNV sans devenir artificiel ?
La CNV n’est pas un script à réciter mot pour mot. Elle sert surtout de repère. En pratique, le formateur peut s’en inspirer de manière souple. Il n’est pas obligé de nommer explicitement les quatre étapes à chaque fois. En revanche, garder cette logique en tête permet de mieux structurer son intervention.
Le plus important est de rester simple. Une observation claire, un ressenti juste, un besoin compréhensible et une demande précise suffisent souvent. Ainsi, la CNV reste naturelle et utile, même dans un échange court.
Pour aller plus loin sur la Communication Non Violente
Pour prolonger cette réflexion, vous pouvez consulter Faits, opinions, sentiments, jugements en formation TP, qui aide à poser des mots plus justes dans une situation tendue. L’article Assertivité du formateur en formation TP permet aussi de mieux comprendre comment tenir le cadre tout en respectant l’autre.
Vous pouvez également retrouver l’ensemble de ces outils dans la page Communication et prévention des conflits en TP. En complément externe, les Baromètres de l’apprentissage du CCCA-BTP apportent un éclairage utile sur les réalités relationnelles de la formation, tandis que l’INRS propose des repères intéressants sur la prévention des conflits internes.
Ce qu’il faut retenir
La Communication Non Violente repose sur le modèle OSBD : observation, sentiment, besoin, demande. Cette structure aide le formateur à parler d’une situation difficile avec plus de précision, sans attaquer la personne.
En formation Travaux Publics, la CNV permet de recadrer sans humilier, de clarifier ce qui est en jeu et de formuler une demande concrète. Elle devient d’autant plus utile quand le formateur évite trois pièges fréquents : la fausse écoute, la minimisation bienveillante et la solution trop rapide.
Rédigé en collaboration avec Marie Jouffrit, fondatrice de POP UP Formation, organisme de formation de formateurs.