- L’eau est un enjeu central et transversal du développement et de l’aménagement des territoires. Les prélèvements totaux tous usages confondus s’élèvent à environ 30 milliards de m3 par an et la consommation – hors stockage – à 4,4 milliards de m3.
- L’énergie est le plus important préleveur d’eau en France et l’agriculture le plus gros consommateur. Les activités humaines et le changement climatique modifient en profondeur le cycle de l’eau et diminuent la quantité d’eau renouvelable disponible.
- L’évolution des besoins et des ressources disponibles pose de nombreux problèmes pour le fonctionnement des écosystèmes et la satisfaction des différents usages.
Les ressources disponibles
En théorie, la ressource en eau disponible annuellement en France est estimée à près de 211 Md m3 (moyenne 1990-2020). Les activités humaines et le changement climatique perturbent de manière significative le cycle de l’eau en réduisant les quantités disponibles et en altérant sa qualité. Ces quinze dernières années, la ressource disponible pour les milieux naturels et les activités humaines a diminué de 14 % en France, passant d’environ 210 Md m3 à 197 Md m3. Cette diminution est principalement due à la baisse des précipitations et dans une moindre mesure à la diminution des apports transfrontaliers et à l’augmentation de l’évapotranspiration favorisée par des températures plus élevées. Au niveau local, l’adéquation entre la disponibilité des ressources et les besoins anthropiques devient de plus plus délicate et source de conflits, en particulier en période d’étiage (basses eaux).
Qui prélève, qui consomme ?
Les prélèvements totaux s’élèvent à environ 30 milliards de m3 par an, et la consommation (hors stockage) à 4,4 milliards de m3.
Les prélèvements désignent la quantité d’eau prélevée dans le milieu naturel puis rejetée après utilisation (donc à nouveau disponible même si sa qualité peut être altérée), tandis que la consommation correspond à une quantité d’eau prélevée, réellement consommée, et absorbée. Elle ne peut pas être renvoyée directement dans la nature après usage. Par exemple, le secteur de l’énergie représente 47 % des volumes prélevés mais seulement 14 % des volumes consommés, car la plus grande partie du volume est restituée au milieu.

L’adduction en eau potable
La France compte plus de 10 000 services d’eau potable en 2024 pour environ 27 millions d’abonnés. 5,96 Md m3 d’eau sont prélevés, 5,36 Md m3 mis en distribution et 4,21 Md m3 consommés.
La consommation domestique moyenne par habitant est de 54,6 m3/an, soit une consommation moyenne par foyer de 120 m3/an retenue par l’INSEE.

Usages agricoles

En 2020, l’agriculture représentait la majorité (63 %) de la consommation d’eau en France, principalement pour l’irrigation des cultures. L’agriculture est consommatrice d’eau en période estivale, lorsque la ressource est la moins abondante. Une meilleure maîtrise des impacts des pratiques agricoles sur la quantité et sur la qualité des ressources est un des enjeux majeurs des politiques de gestion de l’eau à l’horizon 2050.
Les collectivités gestionnaires du grand cycle de l’eau et de l’alimentation en eau potable proposent des dispositifs incitatifs pour accompagner les agriculteurs vers des changements de pratiques compatibles avec la préservation des captages utilisés pour la production d’eau potable et le partage des ressources entre usagers et milieux aquatiques.
Production d’énergie
La production d’énergie est le premier secteur préleveur d’eau en France : 47 % des prélèvements totaux avec 14 Md m3 prélevés uniquement dans les eaux de surface, essentiellement utilisés pour alimenter les circuits de refroidissement des centrales nucléaires. L’eau rejetée, chargée en calories, provoque un réchauffement des eaux de surface et une diminution de la quantité d’oxygène dissous disponible pour la vie aquatique. L’hydroélectricité induit la création de barrages et de multiples infrastructures modifiant le fonctionnement naturel des cours d’eau et fleuves.
Usages industriels
L’industrie et la construction contribuent à hauteur de 8 % des prélèvements totaux et 9 % des consommations totales d’eau. Les secteurs de la chimie et de l’agroalimentaire représentent plus de 50% de ces prélèvements. Bien que les prélèvements de l’industrie ont diminué ces dernières années du fait de la désindustrialisation et de l’amélioration de l’efficacité des procédés, le Plan Eau incite à une meilleure maîtrise des consommations et des rejets avec la mise en place de plans de sobriété hydrique.

Voies navigables et canaux
Les prélèvements pour les canaux, concentrés dans le nord et l’est de la France, s’élèvent en 2020 à 5,5 Md m3. Ces prélèvements augmenteront du fait de la mise en service du canal Seine-Nord Europe en 2030. Les fuites des canaux peuvent être importantes, de l’ordre de 25 %.
De fortes disparités régionales
Les cartes ci-dessous permettent de visualiser la part de chaque usage au niveau des grands bassins hydrographiques. La consommation pour la production d’énergie représente le quart de la consommation totale sur le bassin Rhône-Méditerranée tandis qu’elle est négligeable en Adour-Garonne où la consommation agricole représente les 3/4 de la consommation totale.

Concilier les usages avec le Projet de territoire pour la gestion de l’eau
Le dérèglement climatique et ses conséquences sur le cycle de l’eau imposent à l’ensemble des usagers d’adapter leurs pratiques afin de partager équitablement la ressource pour prévenir les conflits d’usages. Répondre à ces enjeux suppose de prendre en compte les attentes de l’ensemble des usagers et d’élaborer un cadre facilitant un dialogue ouvert et constructif sur la base d’un socle de connaissances communes.
Le Projet de territoire pour la gestion de l’eau (PTGE) est une démarche reposant sur une approche globale et co-construite. Elle aboutit à un engagement de l’ensemble des usagers d’un territoire (eau potable, agriculture, industries, navigation, énergie, pêches, usages récréatifs, etc.) afin d’atteindre, dans la durée, un équilibre entre besoins et ressources disponibles. Le PTGE permet de travailler sur la sobriété des usages et la bonne fonctionnalité des écosystèmes aquatiques. Cet outil de concertation et de planification est en cours de déploiement sur l’ensemble du territoire français.
Sources :
- France Stratégie (2024). Prélèvements et consommations d’eau : quels enjeux et usages ?
- Ministère de la Transition Écologique. Datalab, bilan environnemental de la France, 2023.
- Rapport sur l’état des services publics 2024, section eau.
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