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Réseaux humides

Les usages de l’eau en France

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A RETENIR
  • L’eau est un enjeu central de l’aménagement des territoires sur lesquels les prélèvements annuels sont de 30 milliards de m3/an.
  • En France, c’est la production d’énergie qui prélève le plus d’eau dans le milieu, et c’est l’agriculture qui en consomme le plus.
  • Les activités humaines et le changement climatique modifient en profondeur le cycle de l’eau et diminuent la quantité  renouvelables et disponibles.

Les ressources disponibles

En théorie, la ressource en eau disponible annuellement en France est estimée à près de 211 Md de m3. Les activités humaines et le changement climatique perturbent de manière significative le cycle de l’eau en réduisant les quantités disponibles et en altérant sa qualité.

Ces quinze dernières années, la ressource disponible en France pour les milieux naturels et les activités humaines a diminué de 14 %, passant d’environ 210 Md de m3 à 197 de Md m3.

Cette diminution est principalement due à la baisse des précipitations; et dans une moindre mesure à la diminution des apports transfrontaliers ainsi qu’à l’augmentation de l’évapotranspiration favorisée par des températures plus élevées.

Au niveau local, l’adéquation entre la disponibilité de la ressource et les besoins anthropiques devient de plus plus délicate et source de conflits, en particulier en période de basses eaux (étiage).

Qui prélève, qui consomme ?

La totalité des prélèvements d’eau s’élèvent à environ 30 milliards de m3 par an, et la consommation (hors stockage) à 4,4 milliards de m3.

Les prélèvements désignent la quantité d’eau prélevée dans le milieu naturel puis rejetée après utilisation (donc à nouveau disponible même si sa qualité peut être altérée), tandis que la consommation correspond à une quantité d’eau prélevée, réellement consommée, et absorbée. Elle ne peut pas être renvoyée directement dans la nature après usage. Par exemple, le secteur de l’énergie représente 47 % des volumes prélevés mais seulement 14 % des volumes consommés, car la plus grande partie du volume est restituée au milieu.

L’adduction en eau potable

En 2024, la France comptait plus de 10 000 services d’eau potable pour environ 27 millions d’abonnés.

Cette activité a prélevé 5,96 Md de m3 d’eau dans le milieu naturel, distribué 5,36 Md de m3, et consommé 4,21 Md de m3.

L’INSEE retient que la consommation domestique moyenne par habitant est de 54,6 m3/an, soit une consommation annuelle moyenne de 120 m3 par foyer.

Usages agricoles

En 2020, l’agriculture représentait la majorité (63 %) de la consommation d’eau en France. Cette eau était principalement utilisée pour l’irrigation. L’agriculture est consommatrice d’eau en période estivale, lorsque la ressource est la moins abondante. Une meilleure maîtrise des impacts des pratiques agricoles sur la quantité et sur la qualité des ressources est un des enjeux majeurs des politiques de gestion de l’eau à l’horizon 2050.

Les collectivités gestionnaires du grand cycle de l’eau et de l’alimentation en eau potable proposent des dispositifs incitatifs pour accompagner les agriculteurs vers des changements de pratiques compatibles avec la préservation des captages utilisés pour la production d’eau potable et le partage des ressources entre usagers et milieux aquatiques.

Production d’énergie

La production d’énergie est le premier secteur préleveur d’eau en France : 47 % des prélèvements totaux avec 14 Md de m3 prélevés uniquement dans les eaux de surface, essentiellement utilisés pour alimenter les circuits de refroidissement des centrales nucléaires. L’eau rejetée par ces circuits n’est pas neutre. Chargée en calories, elle réchauffe les eaux de surface et diminue la quantité d’oxygène disponible pour la vie aquatique.

L’hydroélectricité non plus n’est pas sans impact. Elle nécessite la construction de barrages et d’infrastructures qui modifient le fonctionnement naturel des cours d’eau. Ce type de projet doit donc être étudié très en amont pour que des mesures de compensations soient prévues afin de préserver la ressource en eau.

Usages industriels

L’industrie et la construction contribuent quant à elle, à hauteur de 8 % des prélèvements d’eau et 9 % des consommations. Les secteurs de la chimie et de l’agroalimentaire représentent plus de 50% de ces prélèvements.

Bien que les prélèvements de l’industrie ont diminué ces dernières années du fait de la désindustrialisation et de l’amélioration de l’efficacité des procédés, le Plan Eau, avec la mise en place de plans de sobriété hydrique, incite à une meilleure maîtrise des consommations et des rejets.

Voies navigables et canaux

En 2020, les prélèvements pour les canaux, concentrés dans le Nord et l’Est de la France, s’élevaient à 5,5 Md de m3. Ces prélèvements augmenteront encore en 2030 du fait de la mise en service du canal Seine-Nord Europe. Il faut retenir que les fuites des canaux peuvent être de l’ordre de 25 %.

De fortes disparités régionales

Les cartes ci-dessous permettent de visualiser la part de chaque usage au niveau des grands bassins hydrographiques. La consommation pour la production d’énergie représente le quart de la consommation totale sur le bassin Rhône-Méditerranée, tandis qu’elle est négligeable en Adour-Garonne où la consommation agricole représente les 3/4 de la consommation totale.

Concilier les usages de l’eau avec le « Projet du territoire »

Le dérèglement climatique et ses conséquences sur le cycle de l’eau imposent à l’ensemble des usagers d’adapter leurs pratiques, afin de partager équitablement la ressource pour prévenir les conflits d’usages. Répondre à ces enjeux suppose de prendre en compte les attentes de l’ensemble des usagers et d’élaborer un cadre facilitant un dialogue ouvert et constructif sur la base d’un socle de connaissances communes.

Le Projet de territoire pour la gestion de l’eau (PTGE) est une démarche reposant sur une approche globale et co-construite. Elle aboutit à un engagement de l’ensemble des usagers d’un territoire (eau potable, agriculture, industries, navigation, énergie, pêches, usages récréatifs, etc.) afin d’atteindre, dans la durée, un équilibre entre besoins et ressources disponibles.

Le PTGE permet de travailler sur la sobriété des usages et le bon fonctionnement des écosystèmes aquatiques. Cet outil de concertation et de planification est en cours de déploiement sur l’ensemble du territoire français.

Ont contribué à l’article :
Géraud Bournet Mélissa PLOUZANE Yannis Hagel Laure Amrani Charles AIVAR

Image(s)Rapport sur l’état des services publics 2024, SISPEA, France stratégie

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