- Les chantiers génèrent plusieurs types de rejets : eaux de rabattement de nappe, eaux de fouille chargées en sédiments, eaux de ruissellement souillées, laitances de béton, eaux de lavage et eaux usées des bases de vie.

- Ces effluents aux caractéristiques spécifiques nécessitent des filières de collecte et de traitement différenciées. Les rejets sont réglementés soit par les collectivités locales (règlement d’assainissement) pour les rejets aux réseaux de collecte, soit par l’État pour les rejets superficiels dans un cours d’eau ou par infiltration directe dans les sols.
- L’approche multi-barrières et les solutions de moindre impact permettent de réduire à la source les volumes d’eau à traiter et de limiter les impacts des rejets de chantier.
Identifier les types d’effluents et différencier leur gestion
Les caractéristiques générales des différents effluents produits sur les chantiers sont présentées ici. Dans la réalité, la composition des effluents peut fortement varier en fonction des caractéristiques du site ainsi que des matériaux et techniques mis en œuvre.
Une bonne organisation du chantier aide à collecter séparément les effluents selon leur niveau de pollution, les nécessités de traitement et les possibilités de rejet :
EAUX POLLUÉES – EAUX GRISES
- Eaux de nettoyage et solutions de désinfection des canalisations
- Eaux turbides chargées en MES (fouille, pompage)
- Eaux de lavage
- Laitances de béton
- Eaux usées des bases de vie
EAUX PLUVIALES
- Eaux pluviales non souillées
- Eaux pluviales souillées
Tout effluent ou sous-produit de traitement ne pouvant être rejeté sans traitement est considéré comme déchet. En fonction de leur nature (déchets dangereux, déchets non dangereux, déchets non dangereux inertes), leur gestion est définie dans le Code de l’environnement (Titre IV, Chapitre 1er : Prévention et gestion des déchets (Articles L541_1 à L541_50).
Les préconisations pour la collecte, le tri et le traitement des eaux polluées sont détaillées dans d’autres fiches TP-Demain :
➢ Les effluents de chantier
➢ La collecte et le tri des effluents
➢ Le traitement des effluents
Les préconisations pour la collecte et la gestion des eaux pluviales sont détaillées dans d’autres fiches TP-Demain :
➢ Prendre en compte le ruissellement dans l’organisation d’un chantier de TP
➢ Intégrer des solutions de gestion durable des eaux pluviales dans la conception d’un projet de TP
➢ Utilisation des eaux pluviales sur chantier
Anticiper les risques liés au rejet accidentel de sédiments et de produits polluants
L’impact d’un chantier peut être de différente nature (bruit, pollution de l’air, pollution des eaux, perturbation temporaire de l’écosystème…) et plus ou moins marqué selon les caractéristiques du site, le climat, le type de travaux à réaliser, les matériaux et produits utilisés, la période de réalisation, la topographie, la nature des sols, les risques hydrauliques et les enjeux écologiques locaux.
Le choix des bonnes pratiques environnementales à mettre en œuvre doit être adapté au contexte local afin d’éviter des surcoûts notables à court comme à moyen terme.
À cette fin, il est recommandé :
-
- d’identifier le plus en amont possible, et dans tous les cas avant de commencer les premiers travaux de défrichement, de dessouchage et de décapage des sols, les sources potentielles d’impacts du chantier sur les cours d’eau, les zones humides, les ressources souterraines, les réseaux de collecte et, d’une manière générale, sur l’écosystème aquatique ;
- d’intégrer les risques aux documents cadres permettant d’anticiper et de limiter ces risques (notice et plan de respect de l’environnement, schéma d’installation environnemental du chantier, plan particulier de sécurité et de protection de la santé (PPSPS), plan général de coordination (PGC)) ;
- de définir des indicateurs pour évaluer régulièrement la pertinence des outils mis en place et de les réviser le cas échéant ;
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- d’établir des procédures pour l’emploi de kits antipollution en cas de pollution accidentelle.
Solutions de moindre impact et bonnes pratiques
Les enjeux environnementaux et économiques concernent la mesure et la connaissance des niveaux de pollution des effluents, le respect des normes de rejet et la mise en place de procédés de traitement adaptés à des coûts acceptables pour les entreprises.
De manière générale, les techniques suivantes permettent de réduire les impacts de rejet :
- Procédés de recyclage des eaux de process (laitances) et des eaux de lavage des engins et du matériel ;
- Systèmes de prétraitement sur site des eaux chargées : bassins de décantation, coagulation-floculation ;
- Infiltration des eaux d’exhaure et des eaux pluviales sur site et utilisation des capacités d’autoépuration des sols végétalisés ;
- Utilisation des eaux pluviales ou d’exhaure à des fins de nettoyage ;
- Protection des bouches d’égout, avaloirs et regards des réseaux de collecte.
Eaux de nettoyage et de désinfection des canalisations

Préparation du chantier :
Avant le début du nettoyage, le bon isolement du tronçon doit être assuré afin d’empêcher tout retour accidentel d’eau possiblement contaminée dans les réseaux en service.
Toute entrée d’éventuels contaminants par les matériaux et matériels devant être utilisés au cours des opérations de construction, de rénovation, de réparation ou d’entretien de l’installation doit être évitée. Il faut également prévoir des points de prélèvement accessibles pour le contrôle de la qualité de l’eau.
Les graisses et lubrifiants peuvent subsister dans les canalisations et, dans certains cas, être à l’origine de contamination de l’eau. Il est nécessaire d’employer des graisses hydrosolubles pour faciliter leur élimination lors du rinçage.
Nettoyage :
Le nettoyage eau-air pulsé permet de réaliser un nettoyage efficace avec un volume d’eau réduit. Ce procédé est applicable sur toutes les canalisations neuves ou en service d’un diamètre supérieur à 80 mm.
Le nettoyage doit être poursuivi jusqu’à obtention d’une eau claire. Il est recommandé de mesurer la turbidité de l’eau ayant servi au nettoyage pour s’assurer de l’efficacité de l’étape suivante de désinfection. L’évacuation des eaux de nettoyage ne doit pas porter atteinte au système d’assainissement ou au milieu récepteur.
Désinfection :
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- Produits biocides chlorés : il convient de privilégier une concentration de 10 mg/l en chlore et un temps de contact de 24 h. En cas de concentrations plus élevées, il existe un risque de corrosion pour les joints en caoutchouc naturel et les canalisations métalliques.
- Produits biocides non chlorés : la concentration maximale recommandée en peroxyde d’hydrogène ne doit pas dépasser 250 mg/l. Il faut vérifier la concentration en désinfectant au bout du bief. La consommation du désinfectant, après le temps de contact nécessaire, doit être inférieure à 25 %. Dans le cas contraire, il y a un risque important que la conduite ait été mal nettoyée ou qu’elle ait subi une contamination.
- La désinfection aux UV permet d’éviter tout rejet d’eau chlorée.
Rinçage :
Après désinfection, le rinçage de la canalisation est réalisé avec un volume d’EDCH au minimum égal à deux fois le volume de la canalisation. L’efficacité du rinçage est évaluée en mesurant in situ le résiduel de désinfectant aux différents points de contrôle. La concentration maximale résiduelle en chlore libre ne doit pas dépasser de plus de 0,3 mg/l celle de l’eau de remplissage. Dans le cas d’un produit désinfectant à base de peroxyde d’hydrogène, la concentration maximale résiduelle doit être inférieure à 1 mg/l.
1- Rejet au réseau :
La solution désinfectante est évacuée vers le réseau d’assainissement si le volume concerné est sans impact dommageable sur la station d’épuration en aval. Une autorisation de déversement est nécessaire.
2 – Rejet au milieu naturel :
Dans le cas où le rejet s’effectue dans un cours d’eau, la concentration en chlore doit être inférieure à 0,5 mg/l ou inférieure à la concentration recommandée en cas d’usage d’un autre désinfectant. Dans le cas contraire, il est nécessaire de neutraliser l’effluent ou de réaliser une dilution de l’eau de rinçage avant rejet dans le milieu récepteur.
Eaux turbides chargées en MES (fouille, pompage)

L’infiltration sur site est la solution à privilégier. Le rejet au réseau EU est envisagé en dernier ressort si le rejet au sein du réseau d’eaux pluviales ou du milieu naturel après traitement est impossible.
Piégeage des sédiments :
Le piégeage se fait soit par décantation, soit au sein d’un dispositif filtrant (rétention et déshydratation), ou à défaut via un dispositif de coagulation-floculation.
Rejet au milieu naturel :
Tout rejet au milieu naturel doit être autorisé par le gestionnaire du réseau d’eaux pluviales et la police de l’eau. Qu’il s’agisse du réseau d’eaux pluviales ou du milieu naturel, les valeurs peuvent être fixées en respect de l’arrêté du 25 janvier 2010 (bon état chimique du milieu) ou selon les normes de rejet de STEP (moins contraignantes).
→ Les points de rejet sont définis en accord avec la collectivité ou la DDT et peuvent faire l’objet de procédures réglementaires.
Rejet au réseau d’eaux usées :
Tout rejet au réseau d’eaux usées nécessite une autorisation au titre du règlement d’assainissement et donne lieu à une redevance. L’entreprise devra préciser les dates, durées et caractéristiques du rejet. Les valeurs peuvent être fixées selon l’arrêté du 2 février 1998 (DCO < 2 000 mg/L, MES < 600 mg/L et DBO < 800 mg/L).
Réinjection en nappe des eaux de rabattement de nappe :
La faisabilité doit être finement étudiée car elle dépend du contexte géologique et hydrogéologique, ainsi que des emprises disponibles, et n’est pas toujours réalisable.
Cette solution est réglementée : un cadrage préalable avec les services de l’État est requis.
Laitances de béton

Plusieurs possibilités permettent de réduire les impacts liés aux rejets des laitances :
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- Recyclage des eaux de process
- Rejet au réseau d’assainissement après traitement sur site : décantation et neutralisation du pH. Le règlement d’assainissement définit les modalités et seuils de rejet, une autorisation de déversement doit être obtenue auprès du gestionnaire du système d’assainissement. Une surverse des bassins de décantation au réseau d’assainissement est à prévoir
- Rejet au réseau d’eaux pluviales des eaux issues du traitement des laitances à éviter : l’infiltration sur site, après traitement préliminaire (décantation des laitances, filtration…) est privilégiée (voir le règlement d’assainissement)
- Rejet au milieu naturel superficiel des eaux issues du traitement des laitances à proscrire : présence de métaux et micropolluants (adjuvants).
Eaux de lavage

Le recyclage des eaux de lavage et les techniques zéro rejet sont à privilégier : station de lavage mobile, aire de lavage étanche avec collecte et recyclage des effluents.
En cas de rejet au réseau EU, le règlement d’assainissement établit les valeurs limites de rejet et les dispositifs de traitement adapté : débourbeur séparateur d’hydrocarbures, coagulation-floculation, filtration, désinfection…
Eaux usées des bases de vie

Les eaux usées sont des effluents assimilés domestiques qui peuvent être :
- déversées dans le réseau d’eaux usées avec l’accord de la collectivité gestionnaire du système d’assainissement ;
- traitées sur place avec une station d’épuration mobile ;
- stockées au sein d’un dispositif étanche puis déversées dans une station d’épuration.
Eaux pluviales
L’organisation du chantier doit permettre une collecte différenciée des eaux pluviales souillées et non souillées.
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Eaux pluviales non souillées
Les ouvrages d’infiltration à la parcelle sont à privilégier :
➢ Voir fiche TP-Demain : Les solutions de gestion durable des EP
➢ Voir fiche TP-Demain : Intégrer des solutions de gestion durable des eaux pluviales dans la conception d’un projet de TP
Le rejet au sein des réseaux d’assainissement est à proscrire.
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Eaux pluviales souillées

Un prétraitement de type débourbeur séparateur d’hydrocarbures est recommandé avant infiltration sur site (noues, tranchées drainantes…).
Les possibilités de réutilisation des eaux pluviales pour les besoins du chantier peuvent également être étudiées, en fonction des besoins propres à chaque site :
➢ Voir fiche TP-Demain : Utilisation des eaux pluviales sur chantier
➢ Voir fiche TP-Demain : Intégrer des solutions de gestion durable des eaux pluviales dans la conception d’un projet de TP
➢ Voir fiche TP-Demain : Les eaux non conventionnelles utilisables dans un projet de TP
➢ Voir fiche TP-Demain : Le réusage de l’eau sans traitement sur chantier de TP
Préconisations pour les rejets au milieu aquatique
Les rejets ont des impacts sur les composantes physiques et biologiques des milieux aquatiques. Les techniques préventives, à prioriser avant la mise en place de dispositifs curatifs, ont pour objectif de :
- prévenir les risques de pollution physico-chimique des eaux de ruissellement et de lavage souillées pouvant contenir des sédiments, MES, résidus d’explosifs et d’hydrocarbures, huiles de décoffrage, etc. : mise en place de barrières, massifs filtrants, bassins de décantation, dispositifs de protection des regards, avaloirs et bouches d’égout
- limiter les volumes d’eau et de sédiments à traiter
- respecter les obligations réglementaires de protection des ressources en eau et de non-dégradation supplémentaire des milieux aquatiques
- anticiper et prévenir les risques de pollution accidentelle
Attention : il est essentiel de prévoir et réserver l’emprise foncière nécessaire à la mise en place des bonnes pratiques environnementales (pièges à sédiments, bassins de décantation, ouvrages de prétraitement).

➢ Voir fiche TP-Demain : Connaître les solutions de moindre impact sur le milieu naturel dans un projet de travaux – travaux en lien direct avec le milieu aquatique
Conclusion

Sources :
- Mc Donald D., de Billy V. & Georges N., 2018. Bonnes pratiques environnementales – Protection des milieux aquatiques en phase chantier : anticipation des risques, gestion des sédiments et autres sources potentielles de pollutions des eaux. Collection Guides et protocoles. Agence française de la biodiversité. 148 pages.
- IRH ingénieur conseil, Étude PME-PMI, définition des secteurs d’activités polluants, appuyés par des diagnostics d’entreprises, sur les territoires de Chambéry Métropole et de la CALB – Fiche activité BTP, gros-oeuvre, centrale à béton
- GRAIE, groupe de travail Effluents non domestiques, rabattement de nappe et gestion des eaux de fouille
- GRAIE, groupe de travail Effluents non domestiques, aires de lavage et activités liées
- GRAIE, groupe de travail Effluents non domestiques, distribution de carburant
- France Environnement traitement des laitances de béton
- ADEME, Eco-guide professionnel – Chantiers du bâtiment, 2001
- Memento degremont
- Arrêté du 25 janvier 2010 relatif aux méthodes et critères d’évaluation de l’état écologique, de l’état chimique et du potentiel écologique des eaux de surface pris en application des articles R. 212-10, R. 212-11 et R. 212-18 du code de l’environnement
Image(s) :
- Piège à sédiment : Mc Clain dans guide AFB
- Barière périphérique en toile géotextile : ERTEC dans guide AFB
- Barrière périphérique en sac de graviers : Véronique de Billy / AFB
- Dispositifs temporaires de protectiondes poonts de rejet : Water environement services / Mc Culah / Lakeville dans guide AFB
- Bassins de décantation défectueux et fonctionnel : Mc Laughlin / Faircloth Skimmer dans guide AFB
- EGLEFOR